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Titre : Pourquoi pleure-t-on en écoutant de la musique ? | | 2006-12-08 01:01:37 |
    | martin_seller

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L'émotion provoquée par la musique est encore plus étrange que celle provoquée par les images d'un film par exemple. Dans l'un et l'autre cas, il peut pourtant nous arriver de pleurer à contre coeur, comme si quelque chose de profond en nous submergeait le jugement conscient.
Que ce passe-t-il ?
Avec quoi sommes-nous en empathie dans la musique ?
Vos témoignages et théories m'intéressent. ----------------------
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| | 2006-12-02 00:29:01 |
 
| Lacrymal


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Je pleure parce que la musique me prend, comme un enfant par la main qui me fait découvrir les contrées oubliées. Je redécouvre mon intemporalité. Au travers d’une phrase mélodique, ma petite existence se déploie dans le temps comme une reine, pleine de rêve et de drame, je rejoue la tragique vie des vivants, dans leur élan, vain mais serein, la vie est là et rien d’autre. La musique est un miroir, réfléchissant mes humeurs, mes peines et mes joies, que je n’ose exprimer dans un monde de vapeur et de bruit. Elle accompagne mes promenades matinales, avant l’entrée dans le monde agité des cervelés, je cherche en elle un refuge, une remémoration. Souvent je passe à côté de l’essentiel, je zappe, j’en veux une autre plus dense, plus forte, mais non, rien ne vient qu’un triste défilé de monotonie. Mais c’est au détour d’une impasse, d’une surprise, d’une langueur que je suis le plus touché. Me voilà happé par ce chœur, ce violon, ou ce simple lyrisme des musiques populaires qui m’emporte quelque part en moi, dans les recoins de mon cœur, ou me projette loin dans la vie des autres, dans une fête, irréelle, mais bien là, dans ma tête. Je sens enfin ce frisson qui parcourt tout mon corps, et ces larmes de communion, car enfin je me sens connecté à cette terre.
Peut-être qu’à force de penser et d’appréhender le monde, nous nous sommes éloignés du rythme du temps, que seul, à présent, peut nous faire goûter la musique.
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| | 2006-12-02 19:02:07 |
 
| martin_seller


Sexe : Homme
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Des expressions et idées que vous employez ou présentez, j'en retiens un certain nombre avec lesquelles mes intuitions s'accordent:
"Au travers d’une phrase mélodique [...] je rejoue la tragique vie des vivants, dans leur élan, vain mais serein, la vie est là et rien d’autre."
" la musique est un miroir [...]"
" je cherche en elle une remémoration [...]"
"nous nous sommes éloignés du rythme du temps, que seul, à présent, peut nous faire goûter la musique [...] "
Cherchant avec quoi j'entrais en empathie dans la musique, pour autant qu'on puisse parler d'empathie, autrement dit d'identification, j'étais tombé sur l'idée qu'il sagissait chez moi, en partie entous cas, de saisir indirectement la passion propre au musicien:
Qu'est-ce qu'un musicien (instrumentiste ou chanteur) ? c'est en tout les cas quelqu'un qui prend le temps de travailler un instrument, de mener celui-ci au plus haut de ces capacités expressives. Il y a une part de "vanité" dans cet emploi du temps: une part de ridicule ou d'apparente inutilité.
J'écoutais dernièrement un orchestre traditionel hongrois je crois, et l'un des instrumentiste était un monsieur d'un certain âge, portant des chaussures élégantes, mais déja usées par de mutiples apparitions dans les villes du monde ou dans des mariages. Il en était de même de son costume, élégant mais un peu râpé. Eh bien, ce musicien qui devait sans doute rejouer pour la xème fois la même mélodie, mettait toute son application dans la production des sons, toute son énergie dans la restitution ou la création de l'idée de la mélodie.
Il y a chez un musicien quelque chose d'un bâtisseur de cathédrale: les cathédrales ne sont pas la preuve que Dieu existe, mais la preuve que des gens y ont cru très fort.
Comme j'essyais de le faire sentir, il y a quelque chose d'inutile dans la musique, comme dans les cathédrales, mais l'une et l'autre sont peut-être comme vous dites "le mirroir" d'une passion, d'une remémoration du mode absurde d'être dans le temps et de l'utiliser comme un support peut-être, un support de création.
Si mon empathie trouve ces métaphores là, c'est sans doute que musicien moi-même, je danse sur ce même "rythme du temps".
Mais il demeure, une sorte de question: Si moi et vous pleurons pour des émotions dont les descriptions sont proches ou analogues; cela veut-il dire que la musique s'adresse au fond à chacun de la même façon, ou mieux que c'est la même chose qui vibre dans chacun à l'écoute de la musique, de sorte que l'on pourrait dire que la descriptions de nos émotions sont des représentation du même objet ?
Une question qui sous-tend cette vague interrogation, c'est celle de savoir si nous sommes des automates émotionnels: telle mélodie (ou oeuvre) s'adressant à telle émotion et se présentant comme une interprétation de cette émotion identique chez chacun? Ou alors les émotions nous sont-elles propres au sens ou si elles ont peut-être bien un point de départ physique identique, elles empruntent des canaux prorpre au vécu de chacun qui fait qu'on ne puisse les identifier que très grossièrement ?
Voilà un sujet que j'aimerais voir éclairci.
merci pour votre fort beau témoignage. ----------------------
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| | 2006-12-08 01:01:37 |
 
| Lacrymal


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De manière tout à fait privée, il m'arrive parfois de chanter des airs qui me viennent spontanément à l’esprit, qui ne ressemblent à rien de précis ou qui semblent être une synthèse improvisée de nombreuses mélodies connues. Il suffit que mon état d’esprit soit sombre ou rempli d’une joie latente pour que l'émotion m'envahisse. Je doute qu’à ce moment-là une personne puisse s’accorder à cette humeur mélodieuse et ressentir une pareille émotion. Ce n’est pas que je sous-estime un quelconque don musical mais je pense plutôt que dans cette situation, la musique, par son accès immédiat au temps présent, nous permet d’accéder au cœur de notre être. Pour l’artiste, cette rencontre est probablement le point de départ d’une mise en forme qui rendra la phrase musicale plus accessible au publique. Non pas qu’elle va procurer une même émotion chez chacun d’entre nous, mais à l’écoute elle révélera ce que nous cache notre cœur.
L’autre jour, j’ai passé deux heures chez une vieille dame malade qui désespère de voir sa vie partir en lambeaux. Je lui tiens compagnie, écoute ses plaintes mais surtout ses souvenirs. Elle a longtemps vécu au Maroc et souhaite comme dernier vœux de pouvoir finir ses jours sous le soleil de Marrakech. Mais la force lui manque et l’entreprise semble s’évanouir aussi rapidement que la maladie progresse. Qu’a cela ne tienne, nous ferons l’entreprise inverse. Ramener entre les murs jaunis et les fenêtres grises de son appartement l’esprit du Maroc. Elle me sort une vieille cassette audio et me propose de nous l’écouter. Cela commence par un timide synthétiseur suivi d’une voix enjoué qui chante l’amour, me dit-elle. C’était au détour d’une mince ruelle sous un ciel rouge d’une fin de journée. Un cordonnier passait cette musique dans son échoppe et là c’est le coup de foudre. Elle lui demanda le nom du chanteur, un petit chanteur de quartier, et s’acheta aussitôt la cassette. Mais cette musique je la trouve nulle, je ne vois pas de soleil couchant mais une timide et maladroite tentative de faire de la musique. Et je découvre sous mes yeux cette rencontre et je suis ébahis, voire gêné. Cette dame s’était mise à chanter et s’interrompait pour décrire la vie qu’elle avait menée là-bas. Je restais silencieux, me sentais de trop.
Peut-être avais-je trop bassiné mes oreilles avec du Bach ou du Miles Davis…
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